Abstract
Chez les philosophes contemporains, la question des sources de l’éthique chez l’agent ne fait pas consensus, raison ou émotion étant convoquées selon les auteurs comme modalités premières dans l’agentivité éthique qui concerne essentiellement le souci de l’autre. On examinera ici le point de vue d’éthiciens appartenant à différentes écoles de pensée : en philosophie analytique, Christine Tappolet et Bernard Williams qui accordent une place importante à l’émotion, sans exclure la raison ; chez les théoriciens de l’école de Francfort, Jürgen Habermas et Axel Honneth, le premier accordant le primat à la raison et le second, à la reconnaissance sociale sous trois formes, la reconnaissance affective en étant le fondement ; et dans la tradition herméneutique, Paul Ricoeur qui fait appel à l’estime de soi, à la sollicitude pour autrui ainsi qu’à la reconnaissance, de l’autre et mutuelle, puis à la gratitude. On verra ensuite quelles sont les implications de ces perspectives en éducation, particulièrement pour la formation des enseignants, en proposant une éthique du lien qui opte pour la complémentarité entre rationalité et sensibilité comme sources de l’agentivité éthique et quels sont les dispositifs pouvant favoriser leur développement.
Among contemporary philosophers, there is no consensus on the question of the ethical source of the agent, with reason or emotion being called upon by different authors as the primary modalities in ethical agentivity, which refers essentially to a concern for the other. Here, we examine the viewpoints of ethicists belonging to different schools of thought: in analytic philosophy, Christine Tappolet and Bernard Williams, who give an important place to emotion, without excluding reason; among the theoreticians of the Frankfurt School, Jürgen Habermas and Axel Honneth, the former giving primacy to reason and the latter to social recognition in three forms, affective recognition being the foundation; and, in the hermeneutic tradition, Paul Ricoeur, who calls for self-esteem, concern for others, recognition of others and of each other, and gratitude. We'll then look at the implications of these perspectives for education, particularly for teacher training, by proposing an ethics of connection that opts for the complementarity between rationality and sensitivity as sources of ethical agentivity, and what devices can foster their development.